
Mis à jour le 30 août 2026 par l'Équipe de broker-cfd.fr
Les marchés financiers sont aujourd'hui omniprésents : chaque journal télévisé consacre une rubrique à la Bourse, la presse spécialisée ne cesse de croître et l'essor des plateformes en ligne a démocratisé l'accès à l'investissement.
Ils restent pourtant complexes et remplissent des fonctions bien précises. Pour comprendre leur poids dans l'économie, il faut revenir sur la manière dont le financement s'est transformé, sur les fonctions qu'ils assurent et les acteurs qui les animent, sur l'organisation concrète de la Bourse, puis sur la grande question théorique qui les traverse : les marchés sont-ils efficients ?
Le financement regroupe l'ensemble des moyens utilisés par un agent économique pour obtenir les capitaux nécessaires à son activité et à ses investissements. Certains agents disposent de capacités de financement (une épargne excédentaire, essentiellement les ménages), tandis que d'autres ont des besoins de financement (les entreprises, l'État, les administrations). L'objectif d'un système de financement est d'ajuster ces capitaux d'un agent à l'autre le plus efficacement possible, c'est-à-dire avec rapidité, simplicité et des coûts minimaux. On distingue trois grands circuits :
Le financement peut aussi passer par la création monétaire, mécanisme particulier puisqu'il ne fait pas intervenir d'agent à capacité de financement.
Pendant l'après-guerre, la France repose sur un système de financement externe indirect. La loi du 2 décembre 1945 instaure une forte spécialisation bancaire, qui bride la concurrence ; les réformes Debré (1966-1969) refondent ensuite l'appareil bancaire et intensifient l'activité de crédit. Le nombre de guichets se multiplie afin d'accroître les dépôts, base des ressources des banques, qui accordent des crédits aux entreprises : c'est l'intermédiation financière. Les banques, souvent nationalisées, assuraient alors près de 80 % des financements externes. L'État jouait un rôle central en encadrant le crédit et en fixant le coût du refinancement. On parle d'économie d'endettement.
La crise économique des années 1970, la lutte contre l'inflation, l'explosion des déficits publics et l'ouverture au commerce extérieur révèlent les limites d'un système cloisonné. Un vaste mouvement d'innovations financières se met alors en place, souvent résumé par les « trois D » :
Depuis, le circuit de financement a profondément évolué. L'autofinancement reste prépondérant, mais les entreprises recourent de plus en plus aux marchés (émission d'actions et d'obligations) et un peu moins au crédit bancaire classique. La capitalisation boursière a été multipliée par plusieurs dizaines depuis les années 1980 et pèse désormais une part majeure du PIB français. Le secteur bancaire n'a pas disparu pour autant : son rôle s'est déplacé vers une intervention accrue sur les marchés. L'État, lui, finance sa dette par l'émission d'obligations d'État. La structure du financement s'est donc diversifiée, tout en donnant aux marchés financiers une place centrale : on est passé d'une économie d'endettement à une économie de marchés financiers.
Le rôle des marchés financiers dans une économie moderne est considérable. Leur mission première est de mobiliser l'épargne, de la répartir entre les secteurs d'activité, de soutenir le processus d'investissement et d'améliorer l'efficacité globale du système économique. Concrètement, les marchés et leurs participants remplissent plusieurs grandes fonctions :
Ces fonctions reposent en partie sur les banques centrales, qui pilotent les taux d'intérêt et surveillent les taux de change. Marchés des changes, marchés d'actions et banques commerciales sont étroitement liés ; le marché boursier en est le segment le plus visible et souvent le plus rémunérateur pour l'investisseur.
Chacun est, d'une manière ou d'une autre, un participant au marché financier : en travaillant, en consommant, en empruntant ou en plaçant son épargne. En simplifiant beaucoup, le marché repose sur trois grandes catégories d'intervenants : des vendeurs (offreurs de capitaux), des acheteurs (demandeurs) et des intermédiaires qui organisent les transactions et les sécurisent. Un même acteur peut d'ailleurs jouer les trois rôles selon les opérations. Leur nature varie d'un compartiment à l'autre.
Les principaux vendeurs sont les États et les banques : un pays vend sa devise via des organismes agréés et exerce alors une fonction de régulation. Les entreprises actives à l'international (qui convertissent leurs bénéfices en devises) et les particuliers y participent aussi. Les acheteurs sont potentiellement tous les agents, vendeurs compris. Les intermédiaires sont surtout les banques commerciales et les bureaux de change.
Les emprunteurs sont les États — le ratio dette extérieure / PIB est l'un des meilleurs indicateurs de la santé d'une économie — mais aussi les entreprises, les collectivités et les particuliers. Les prêteurs disposent d'un capital de réserve qu'ils souhaitent faire fructifier : épargnants, assurances, fonds de pension, acheteurs de titres de créance. Les intermédiaires — banques, courtiers, sociétés de gestion — organisent la distribution de l'argent. Ce marché est étroitement lié à ceux des actions et des obligations : les obligations d'entreprise servent à lever des fonds, tandis que les obligations d'État figurent parmi les placements les moins risqués.
Les assureurs, dûment agréés, vendent des services de couverture du risque ; les assurés (particuliers, entreprises, institutions) les achètent pour se protéger. Les transactions se font généralement en direct, sans intermédiaire. Les compagnies d'assurance sont par ailleurs des investisseurs de premier plan sur les autres marchés, où l'on retrouve aussi des instruments d'assurance (les swaps, par exemple).
Les émetteurs (entreprises, États) émettent actions et obligations en s'engageant à respecter les conditions fixées lors de l'émission. Les investisseurs achètent ces titres pour en tirer un revenu, dans une logique stratégique (prise de contrôle) ou patrimoniale (constitution d'un portefeuille). Les intermédiaires — bourses, banques, agences de notation, auditeurs — organisent l'émission et le placement des titres.
On peut regrouper tous ces participants en quelques familles : l'État et les banques centrales (régulation et surveillance, avec la plus grande masse de capitaux), les régulateurs et organismes d'autorégulation qui contrôlent sans intervenir directement, les sociétés de services financiers (bourses de devises, d'actions et de matières premières, courtiers, assureurs, auditeurs, chambres de compensation), les banques (intermédiaires du financement), enfin les personnes morales et physiques qui prêtent, empruntent ou investissent — des grands fonds au particulier.
Le marché financier, au sens large, est celui sur lequel se confrontent l'offre et la demande de capitaux à long terme. Pour être la plus efficace possible, cette confrontation se déroule en un lieu commun : la Bourse. On y échange principalement deux grandes catégories de valeurs mobilières, qui diffèrent par la nature des droits qu'elles confèrent : les actions et les obligations.
Quelle que soit son origine, la Bourse est d'abord un lieu de négociation et d'échange : elle met en présence les agents qui offrent des capitaux et ceux qui en demandent. Elle permet une allocation des ressources vers les secteurs qui en assurent l'utilisation la plus efficace, grâce à trois fonctions principales :
Pour une efficacité optimale, les coûts de transaction doivent rester faibles et l'information être fiable, rapide et irréprochable sur le plan déontologique.
La place de Paris, autrefois gérée par la Société des Bourses Françaises (SBF), fait aujourd'hui partie d'Euronext, née en 2000 de la fusion des Bourses de Paris, Amsterdam et Bruxelles, et qui regroupe désormais plusieurs places européennes (Paris, Amsterdam, Bruxelles, Milan, Dublin, Lisbonne et Oslo). Les anciens « premier », « second » et « nouveau marché » ont laissé place à une organisation plus lisible :
Cette segmentation adapte le niveau d'exigence à la taille et à la maturité des émetteurs, tout en offrant aux investisseurs des repères clairs sur le profil de risque.
La Bourse est un marché réglementé qui fixe les conditions d'admission des titres, les techniques de cotation et les transactions. Le principe général est la confrontation des offres et des demandes conduisant à un prix unique : on dit que le marché est « dirigé par les ordres ». Depuis 1986, la cotation assistée en continu permet à tous les investisseurs un accès instantané au marché et une exécution quasi immédiate de leurs ordres. L'introduction d'un ordre provoque une variation instantanée du cours dès lors qu'existe une contrepartie, c'est-à-dire un ordre inverse ; à défaut, l'ordre est mis en attente dans le carnet d'ordres.
Une action est un titre cessible et négociable représentant une fraction du capital social d'une entreprise. Son détenteur devient actionnaire. On parle d'un revenu à valeur variable, car il dépend des résultats de l'entreprise. La détention d'actions confère trois grandes catégories de droits : un droit de vote à l'assemblée générale (proportionnel au nombre d'actions), un droit sur les bénéfices (les dividendes) et un droit sur l'actif social, c'est-à-dire sur le patrimoine de la société. Une société de capitaux émet des actions à sa création pour constituer son capital social, puis peut élargir ce capital tout au long de son existence en émettant de nouvelles actions.
Les indices boursiers, en mesurant l'évolution globale des valeurs, servent de référence pour apprécier la performance des investissements et donnent une approche de la santé d'une économie. Le CAC 40 est le principal indice de la Bourse de Paris : créé en juin 1988 sur une base 1 000 au 31 décembre 1987, il regroupe les plus grandes capitalisations de la place et est recalculé en continu.
Seul le cours auquel l'action se négocie est connu avec certitude. Le taux de rentabilité attendu ne peut être estimé qu'à partir d'une anticipation du prix futur du titre et des dividendes versés : investir est donc un acte risqué, puisque le futur est par définition incertain. Le risque varie fortement d'une valeur à l'autre : investir dans une grande société bien implantée ou dans une jeune pousse ne présente pas le même degré d'incertitude, les prévisions sur un grand groupe étant plus fiables.
Le coefficient bêta mesure la volatilité d'une action par rapport au marché et distingue deux types de risque : le risque lié à la société émettrice (activité, bénéfices, dividendes) et le risque lié au marché (conjoncture économique). Ce dernier dépend du secteur, de la structure des coûts, du niveau d'endettement et de la qualité de l'information fournie aux investisseurs.
L'obligation est un titre de créance représentatif d'un emprunt contracté par une entreprise, une entité publique ou l'État. L'émetteur s'engage à rembourser les détenteurs à une échéance déterminée et à leur verser un intérêt (le coupon). L'obligation est négociable : elle est acquise à l'émission sur le marché primaire, puis peut s'échanger sur le marché secondaire. Le marché obligataire se caractérise par la forte présence de l'État en tant qu'émetteur.
Il existe de nombreuses formes d'obligations (convertibles, à coupon zéro, à taux variable…). Le contrat d'émission stipule la valeur nominale, la valeur de remboursement, la durée et le taux, qui peut être fixe, variable ou révisable. Un mécanisme essentiel relie le prix et le taux : lorsque les taux d'intérêt montent, le prix des obligations déjà émises baisse, et inversement. Le risque (financier, monétaire ou de taux) reste faible comparé au marché des actions, l'émetteur étant majoritairement l'État ou de grandes entreprises très surveillées ; en contrepartie, les rendements sont généralement plus modérés. Les obligations constituent ainsi une source de financement essentielle pour l'État et un placement relativement sûr pour les investisseurs.
Pour anticiper les mouvements de marché, les traders s'appuient sur le calendrier économique, publié gratuitement par les courtiers. Parmi les indicateurs les plus suivis :
L'essentiel est de comparer la valeur publiée à la prévision du consensus : c'est l'écart, plus que le chiffre brut, qui fait réagir les cours. Le calendrier reste un outil d'information complémentaire : au moment des annonces, la volatilité est forte et le risque élevé ; beaucoup de traders préfèrent alors rester à l'écart plutôt que de spéculer sur la nouvelle.
L'efficience des marchés financiers est une théorie issue de la notion de marchés purs et parfaits. La première définition, formulée par Eugene Fama en 1965, énonce qu'un marché est efficient si et seulement si l'ensemble des informations disponibles concernant chaque actif coté est immédiatement intégré dans son prix. Pour aboutir à ce fonctionnement, cinq conditions doivent être réunies :
Il en découle qu'aucun investisseur ne peut durablement exploiter l'information pour « battre le marché » : c'est l'efficience informationnelle. Ces conditions étant rarement vérifiées, Michael Jensen a proposé en 1978 une définition assouplie : un marché est efficient si un investisseur ne peut, en achetant ou vendant un actif, en tirer un profit supérieur aux coûts de transaction engendrés.
Selon la nature des informations prises en compte, on distingue trois degrés d'efficience :
De l'efficience informationnelle découle l'idée que le prix d'une action incorpore toute l'information disponible. En analysant les données économiques, comptables et financières d'une entreprise, on peut alors déterminer sa valeur fondamentale, par exemple en actualisant la somme de ses bénéfices ou dividendes futurs. En théorie, le prix de l'action devrait osciller autour de cette valeur intrinsèque. Un marché efficient serait donc un marché efficace : il remplirait sa fonction d'allocation optimale des ressources. Ce fonctionnement reste toutefois théorique, et de nombreux auteurs l'ont remis en cause.
Les conditions de Fama sont rarement réunies dans la réalité. Les plus improbables concernent l'information : il est difficile de la transmettre à tous les investisseurs au même moment, et elle n'est pas interprétée de la même façon par un professionnel aguerri et un particulier débutant. Le nombre d'épargnants investissant sans connaissances financières de base ne cesse de croître, ce qui accroît les décalages de réaction. Il paraît aussi utopique de penser que les investisseurs disposant d'énormes portefeuilles (fonds de pension, grands gérants) n'utilisent jamais leur poids pour influencer les cours. Enfin, la rationalité des agents n'est pas garantie : besoin de liquidité, incompréhension ou émotions peuvent les faire dévier d'un comportement cohérent.
La finance comportementale a mis en évidence plusieurs mécanismes qui éloignent les marchés de leur fonctionnement théorique :
Toutes ces tendances relèvent de faits observés et rendent le marché moins efficace, puisqu'il semble possible de dégager des profits en jouant sur les erreurs de marché.
Une bulle spéculative est l'écart durable entre le prix de marché d'un actif et sa valeur fondamentale. Elle contredit frontalement l'hypothèse d'efficience, selon laquelle le prix doit refléter les revenus futurs de l'entreprise. Sa formation résulte du mimétisme et de l'autovalidation : quelques agents anticipent une hausse et achètent, ce qui fait monter le cours et valide leur prévision ; les autres suivent, provoquant l'emballement. Le prix diverge alors de la réalité économique de l'entreprise.
Les bulles sont dangereuses parce qu'elles ne reposent pas sur des valeurs réelles et peuvent éclater à tout moment. Les plus touchés ne sont pas les spéculateurs entrés tôt, qui allègent leurs positions à temps, mais les particuliers, informés plus tard, qui achètent au moment où les initiés vendent et « prennent » toute la baisse. Le danger dépasse la sphère financière : une part croissante de la richesse et de la consommation des ménages dépend des marchés, si bien qu'un krach peut se propager à l'économie réelle sous forme de baisse de la production et de hausse du chômage.
L'histoire financière est jalonnée d'épisodes qui illustrent cette remise en cause de l'efficience :
Ces exemples montrent que les marchés n'ont pas toujours un comportement cohérent avec la situation économique réelle. Leur forte volatilité et la transmission des crises à la sphère réelle rappellent l'importance de la régulation et de la vigilance de l'investisseur.
Les difficultés économiques des années 1970 et la mondialisation ont poussé les autorités à adopter un mode de financement jugé plus efficace : l'économie de marchés financiers. La Bourse en est le moteur, avec un marché des actions volatil et un marché des obligations plus sûr. Ses fonctions — mobiliser l'épargne, allouer les capitaux, assurer la liquidité et évaluer les actifs — reposent sur le principe d'efficience, qui s'avère pourtant difficilement applicable en raison des coûts, des imperfections de l'information et surtout du comportement des investisseurs. Ces biais engendrent des bulles et parfois des krachs, dont les conséquences se répercutent sur l'économie réelle et donc sur les ménages.
Comprendre l'organisation, les fonctions et l'efficience des marchés est donc essentiel avant d'investir : cela permet de mesurer les opportunités qu'ils offrent, mais aussi les risques qu'ils comportent. Un investisseur averti sait que les marchés sont à la fois un formidable outil d'allocation du capital et un espace où l'émotion et le mimétisme peuvent, à tout moment, éloigner les prix de la réalité.